ASSISE EN SILENCE - MEDITATION


  " La méditation vise à développer une attention nue, c'est-à-dire qu'elle nous invite à ne plus chercher à comprendre conceptuellement quelque chose mais à en faire d'abord pleinement l'expérience...

   Lorsque j'apprends à me rendre attentif à quelqu'un, au lieu de le juger comme un type bien ou un idiot, je tente de le comprendre tel qu'il est. Comme l'explique Simone Weil, "c'est en désirant la vérité à vide, et sans tenter d'en deviner d'avance le contenu, qu'on reçoit la lumière; c'est là tout le mécanisme de l'attention." Impossible de faire attention sans laisser à ce je regarde le temps et l'espace d'être, sans être mû par la vérité, sans être décidé à lui donner droit.
 
  Si je fais attention à ce que tu me dis, tes propos, je ne les connais pas d'avance, et l'attention consiste précisément à les entendre. Pour un être humain, voilà qui ne se fait pas sans qu'il doive y mettre du sien. Et, pour cette raison, rares sont les gens capables d'écouter. Ecouter ne signifie pas simplement enregistrer ce qui a été dit, mais nécessite tout un travail.

   L'engagement de la méditation nous invite à développer cette attitude d'écoute envers nos pensées, nos émotions, notre esprit, et tout ce qui est.
 
   J'ai de l'angoisse : au lieu de me fermer comme une huître devant l'épreuve qui ainsi se donne à vivre, j'entre en rapport à cette expérience, j'en fais l'épreuve.

   L'esprit et le corps étant inséparables, la manière de poser celui-ci a une influence sur celui-là. aussi la pratique de la méditation consiste-t-elle à adopter une certaine posture où l'essentiel est d'être droit, digne et solidement ancré sur la terre. on entre ainsi en rapport à son corps, qui cesse d'être le corps qu'on a pour devenir celui qu'on est. Non plus un corps instrumentalisé, qui nous obéit comme il faut, mais comme un corps que nous habitons.

   Puis, en prenant appui sur le souffle qui vient et va, il devient plus aisé de discerner quand nous sommes en rapport à la réalité même, et non au commentaire qui, le plus souvent, en tient place. Car la méditation vise à nous permettre de découvrir combien le commentaire que nous faisons de notre vie, des choses et des êtres que nous rencontrons se substitue à eux. Bien plus douloureuse que mon angoisse est ma peur de celle-ci, ma crispation quand elle survient, le sentiment d'être alors sans la moindre ressource. En pratiquant, nous découvrons la présence de ce commentaire étouffant. Les habitudes de pensée et d'émotion que nous avons adoptées sont comme des nuages qui nous cachent l'ampleur vraie du ciel.

  En ce sens, la méditation est tout à la fois une humiliation et un soulagement. Une humiliation car nous sommes confrontés au fait que nombre de nos pensées sont mécaniques, quelquefois médiocres, parfois même méchantes; et un soulagement car nous n'avons aucune raison de les craindre puisqu'elles vont et viennent. Pourquoi faudrait-il s'identifier à elles ? La colère vient me visiter, faut-il que je la prenne nécessairement au sérieux, que je la croie et me laisse emporter par elle ? Il y a un espace vivant et ouvert derrière elle, comme derrière tous les contenus mentaux et émotionnels qui nous traversent. Le reconnaître transforme notre expérience. Nous fait retrouver le sens de l'amour - qui est, en premier lieu, le rythme même de l'espace, la nudité du coeur que rien n'obstrue, la simplicité du présent."

  Fabrice Midal